Völuspá

OdinChef des Æsir, qui récompense l'endurance,
veut que je raconte votre histoire
et l'avenir que je vis en transe :
la défaite et la nouvelle victoire.

Les géants étaient l'eau ; moi, la graine.
Des neuf mondes, leur race fut la première.
Je me rappelle, sous la terre, le frêneYggdrasill;
et les neuf trolls sylvestres, sorcières.

Au début il y avait le vide
-où seul vivait Ýmir, la charpente-
sans air, sans aride, sans humide,
aucune pente, aucun joint, aucune fente.

Odin et ses frères créèrent ce monde
- de la chair d'Ýmir, les continents ;
de son sang, les abysses et les ondes :
le Soleil vit le sol verdoyant.

Cet astre n'avait pas de maison
et la lune ignorait sa puissance :
Miðgarð n'avait ni nuits ni saisons ;
et les étoiles poursuivaient leurs danses.

Le conseil de la tribu d'Odin
aux sphères célestes montra leurs voies,
nomma les soir, midi et matin
et fit les ans pour marquer nos pas.

Les Æsir furent aux Íðavellir,
y allumèrent, pour forger, des feux
- du fer et de l'or ils y fondirent-
et élevèrent des autels harmonieux.

La tribu d'Odin était contente
et jouait aux échecs dans les champs
jusqu'au jour que vinrent trois géantes,
celles qui décrivent les vies et les vents.

Le conseil de la tribu d'Odin
voulut créer une race d'artisans :
des membres d'Ýmir naquirent les nains
et des vagues vermeilles de l'océan.

Móðsognir le grand marcha avant ;
Durinn fut le deuxième qui respira.
Une masse de statues se réveillant,
la légion de nains les terres peupla.

Leurs noms, de Móðsognir à Lofar,
-aux Aurvangar est leur citadelle-
sont Eikinskjaldi, Yngvi, Álfr,
Finnr et Ginnarr, Fjalarr et Gel,

Nord, Sud, Ouest, Est, Nár, Nýi, Niði,
Voleur, Dvalinn, Nípingr, Náinn,
Bifurr, Bafurr, Bömburr, Ánn, Nori,
Mjöðvitnir, Ánarr, Óinn, Dáinn,

Loup de sorcellerie, Þrár et Þráinn ;
Loup des vents, Solidité, Jeunesse,
Arc-en-Ciel, Ráðsviðr et Þorinn ;
Fontaine, Ruisseau, Reginn et Vieillesse,

Crique, Kili, Jari, Svíurr, Vili,
Nali, Hepti, Hornbori, Hanarr,
Billingr, Brúni, Bildr, Buri,
Fange, Fili, Frár, Fundinn, FrÆgr,

Draupnir, Dólgþrasir, Dori, Dúfr,
Skirfir, Virfir, Hár, Ori, Ai,
Trace-de-tumulus et Skafiðr,
Glóinn, Hlévangur et Andvari.

Un jour, trois Æsir, amis, puissants,
trouvèrent deux troncs d'arbres sur la grève
-Askur, le frêne, Embla, l'orme, dormant-
sans destinées, sans force et sans sève.

Ils ne raisonnaient ni respiraient,
n'avaient ni voix ni sang ni bon teint.
Soudain, ils savaient, soufflaient, saignaient :
Odin, HÆnir, Lóðurr furent levain.

L'arbre d'Yggdrasill, d'argile blanchi,
domine le puits d'Urð, haut, toujours vert.
La rosée qui les vaux rafraîchit
tombe de lui, l'axe de l'univers.

Urð, Verðandi et Skuld, sous le frêne,
gravent les runes créatrices sur du bois,
fixent les cours des vies -les actes s'enchaînent- :
les arrêts, les détours et les voies.

Quand dans Gullveig ils plongèrent leur fer,
et trois fois brulèrent cette femme apyre,
les Æsir lancèrent la première guerre
pour détruire le diviseur Désir.

Heiður, ils l'appelaient, et pythonisse
-parce que l'avenir était lisible
quand cet oiseau montait en hélice-,
un invoquant de l'invisible.

Le conseil de la tribu d'Odin
discutait sur des indemnités ;
qui était le premier assassin ?
la provocatrice ? les provoqués ?

Au-dessus des guerriers Vanir
-personne de son destin ne s'évade-,
Odin jeta sa javeline Gungnir
et ils pénétrèrent la palissade.

Le conseil de la tribu d'Odin
se demanda, malgré sa promesse,
qui voudrait laver l'air de venin
en vouant aux géants la déesse.

Þór alors, furieux, frappa fort :
peu de fois tolère-t-il tel affront.
Pour Freyja les Æsir firent du tort,
pour le faucon rompirent le maillon.

Le gardien d'Ásgarð cacha son ouïe
sous le saint frêne qu'embrasse le ciel
et coule l'eau de sagesse du puits
où, borgne, but Odin, sait-elle.

Où seule elle s'asseyait Odin vint :
« Pourquoi me tentes-tu ? Que demandes-tu ? »
- « Mímir boit l'hydromel le matin
-je sais tout !- où tu gagnas la Vue. »

Des joyaux, des bagues, des colliers,
pour elle choisit le Père des victoires,
des mots sages et baguettes enchantées.
Loin -tout l'univers !- pouvait-elle voir.

Je vis le sort que l'héros reçut,
la plante qui prit Baldur comme cible,
une menace déguisée, au-dessus,
à l'insu du dieu invincible.

Hlöður eut pris de l'arbre trompeur
le dard de gui qui perça Baldur.
Son frère, né tôt, chercha son tueur,
son second jour vengeant le dieu pur.

Jamais il ne se lava les mains
ni se peigna avant de brûler
de la joie des Æsir l'assassin,
et Frigg pleura leur dure destinée.

Váli tressa - vengeant - les boyaux -
les maux qui de Loki - telle l'eau qui
trempe - se répandent et mouillent la peau ;
dans le marais fut mis le puni.

Il y a à l'est une plaie qui saigne,
qui les vaux vénéneux abreuve,
et les armes des tombés y baignent :
Slíðr s'appelle le funeste fleuve.

Dans les noirs Niðavellir du nord
érigea la tribu de Sindri,
tel le Soleil, un manoir en or ;
Brímir accueillait à ókólni.

Elle vit sur la Côte de cadavres,
loin du Soleil, au nord ses portes,
-de vipères elle était un havre :
leur venin y suintait- une place forte.

Elle y vit Níðhöggur ravageur
qui mâchait la chair, suçait le sang
aux traîtres, assassins et tombeurs
plongés, rongés, dans le flot puissant.

Dans la Forêt de fer orientale
la vieille enfanta le clan du loup
qui pulvérisa la perle astrale,
le tröll pour qui tout lien était mou.

De rouge sang il se rassasiait
et pourprait le pays des dieux.
Le chaud soleil jaune se noircissait
et le temps devenait tempêtueux.

Sur une colline, Pasteur des géants,
Eggþér, heureux, de sa harpe jouait ;
dans le Bois des oiseaux l'encerclant
le coq écarlate, Fjalarr, chantait.

Veillait sur les Æsir Crête-d'or :
ce coq chantait pour les alerter ;
dans les halls de Hel, Reine de la mort,
un coq grenat, sous ce monde, criait.

Le chien hurle devant les grottes du pic ;
ses chaînes brisées, le loup va courir.
Je vois de loin les flammes fatidiques :
l'holocauste dans mes yeux se mire.

Le fratricide, l'inceste, l'adultère
dans le monde se multiplieront ;
l'homme fendra l'homme, les tempêtes la terre :
le prélude à l'extrême destruction.

Les enfants jouent –mais l'arbre prend feu !–
avec la vieille corne du gardien,
qui souffle pour prévenir les dieux.
Avec la sage tête parle Odin.

Gémit et s'agite le frêne cosmique ;
Surt se libère, brûleur des neuf terres.
Les morts ont peur du temps maléfique
L'axe mourra que les flammes incinèrent.

Tout le Pays des géants résonne !
Les dieux et les elfes, que vont-ils faire ?
Les Æsir en assemblée raisonnent
et les dvergar grognent aux portes de pierre.

Le chien hurle devant les grottes du pic ;
ses chaînes brisées, le loup va courir.

De l'est vient le bateau de guerre.
Hrymur, le chef, lève son bouclier.
Le serpent fend les vagues en colère.
L'aigle foncé perce les trépassés.

Des bandes de loups remplissent le vaisseau
et les légions des régions de feu.
Le navire d'ongles glisse sur l'eau
-Loki pilote- à l'assaut des dieux.

Surt avance avec l'ennemi des bois,
le soleil que les armes reflètent ;
les falaises s'effondrent et se noient ;
le ciel tombe sur une mer de squelettes.

Frigg fera le deuil une deuxième fois :
Freyr, brillant, tente d'éteindre la torche
et Odin réserve le loup pour soi
mais l'élection l'égorge et l'écorche.

Le chien hurle devant les grottes du pic ;
ses chaînes brisées, le loup va courir.

Viðarr venge le puits de son sang :
il attaque l'adversaire de sa souche.
Son épée dans les deux mains tenant,
il crève le cœur de l'ennemi farouche.

Þór, défenseur, enfant de la Terre,
vise, enragé, le ver et l'achève,
et neuf pas plus loin tombe la Tonnerre :
le dur duel épuisa son sève.

Le Soleil s'éteint, la nuit s'étend,
les étoiles cessent de briller,
la terre sombre dans l'océan
et le feu monte aux cieux en piliers.

De la mer verte elle voit de nouveau
se lever les plateaux et sommets.
Les eaux coulent de cascades en ruisseaux.
Les aigles y reviennent pour pêcher.

Les dieux se rendent aux Iðavellir,
égrènent les faits, en tissent des cantiques,
du saga que les nornir élirent,
et les gravent en runes antiques.

Dans la nouvelle herbe drue et verte,
entre les longues tiges dressées,
des doigts curieux font la découverte
des précieux pions d'antan dorés.

Des champs sauvages vont foisonner ;
la fortune des hommes va fleurir ;
Baldur va revenir et pardonner ;
l'amitié va lier les Æsir.

HÆnir choisit une baguette pour voir,
rougie par le sang de sacrifice,
et, guidés par l'art divinatoire,
les Æsir à Vindheim rebâtissent.

Elle voit s'élever, au toit étincelant
qui brille plus fort que le Soleil,
le château, à Gimlé, de leur clan,
où ils se contenteront à jamais.

Le puissant alors descend des cieux
pour donner son dernier jugement.
Est-ce qu'il est aveugle ou gracieux ?
Pense-t-il platement ou sent-il sagement ?

Le dragon à la peau d'obsidienne
vole des ombres que les monts attirent :
Níðhöggur est la mort aérienne.
La spá prononcée, elle se retire.

Hávamál

Au seuil, c'est dangereux d'être distrait.
Que ta sagesse devienne ton attrait.
A ton trésor l'avarice soustrait.

Sois le servant de ton invité.
Des mots des autres sache profiter.
Nul n'est fidèle à la Vérité.

Les sages se taisent, écoutent et observent.
Libres et loués sont ceux qui se servent.
La Lumière est la meilleure réserve.

C'est à toi de juger à la fin.
L'esprit ivre de vin n'est pas fin :
la raison noyée reste sur sa faim.

L'Oubli survole les beuveries, vorace.
Reforme un Toi si tu perds tes traces.
Sage, brave et gai est la meilleure race.

Le lâche veut une longue vie ; le mal suit.
Clown, de ta pipe tes mots sont la suie.
Soumets-toi et la force s'ensuit.

Bois, parle et veille en modération.
Evite l'excès et prends ta portion.
Commande tes impétueuses impulsions.

De tout se moque le maculé.
Lâche-le ; la lune est pour hululer.
Ils savent sourire pour dissimuler.

A quel point est-ce qu'ils sont tes amis ?
Peux-tu parer à une infamie ?
Pie qui crache la croûte, où est la mie ?

Le miroir imite, l'écho récite.
Parle plus fort en silences explicites.
Un homme explose quand une langue l'excite.

Devant une langue méchante prends la fuite.
Les hommes rient d'abord, s'insultent ensuite.
Rester muet est la meilleure conduite.

Les voies vers les amies sont directes.
L'invité qui s'incruste est infect.
Une case à toi n'est jamais abjecte.

Le dîner donné n'est pas ton dû.
Arme-toi ! ne te trouves pas confondu.
La forme du don par l'âme est fondue.

Garde de l'or contre le désastre.
Les mots évoquent, les cadeaux illustrent.
Offre à qui offre, frustre qui frustre.

L'ennemi de ton ami est le tien.
Mêlez-vous et le lien se maintient.
De s'ouvrir aux sournois on s'abstient.

Reflète la fausseté fangeuse des fourbes.
L'amour te redresse quand ton âme courbe.
Une tension totale entache la tourbe.

Les hommes sont des animaux vêtus.
Maudit sans soleil humain es-tu.
Le lien d'ennemis tient comme un fétu.

Un ami se fait par une bouchée.
Nos vérités doivent déboucher.
Tel le grand Soleil, sache te coucher.

Le plus qu'on comprend, le plus qu'on souffre.
Il a l'âme lourde qui voit le gouffre.
Dans la sottise l'homme sourd s'engouffre.

Lève-toi tôt ! Le loup lent mange les restes.
Plus tard, mille entraves empêchent tes gestes.
Sache distinguer le fardeau du lest.

Sois propre et rassasié en public.
L'homme sans alliés s'avance en oblique.
La voix du peuple s'entend comme une clique.

N'abuse pas de ton autorité.
On te paie pour tes mots débités.
Mal reçu est le vil invité.

Le voyageur aimerait manger.
Près du Feu tu es loin de dangers.
Divers raisins sont à vendanger.

Le diamant, sous cette crasse, est la vie.
La mort pose les pentes que tu gravis.
Ses fils sauvent de l'oubli l'âme ravie.

Ta compagnie est aussi complexe.
Le concave est demain le convexe.
La matière et l'esprit sont deux sexes.

Mourront tes vaches, tes amis et toi.
Telle une gemme, que ton image chatoie !
Le sort soudain lâche l'homme qu'il côtoie.

Le chanceux s'enfonce dans l'arrogance.
Devant le divin garde le silence.
Ne fête pas la fin en avance.

Choisis bien le moment et l'outil.
Par l'ingéniosité aboutis.
Le sage sélectionne, l'âne engloutit.

L'arc qui se brise,
l'arbre sans prise,
le corbeau braillant,
le couvercle battant,
les flots debout,
le feu dessous,
le loup affamé,
la laie affolée,
la lance volant,
la langue envoûtante,
la vipère enroulée,
des vagues la ruée,
la glace fêlée,
le glaive rouillé,
les fils du chef,
de l'ours les greffes,
le veau malade,
le vilain malin,
la paix de ceux par terre,
la parole d'une sorcière,
le champ tôt semé,
l'enfant bien-aimé,
la maison noircie à demi,
le meurtrier de son ami :
méfie-t'en !

Le poulain sans fers sur la glace creuse,
telle la foi, suit une voie ténébreuse.
Par des appâts prends la proie peureuse.

La beauté vainc les sots et lessages.
Le désir brûle tout sur son passage.
Indomptable, il rejète le dressage.

Elle m'était chère, mon coeur et ma chair.
Ses charmes de mon sommeil m'arrachèrent
et dans ma songerie nos corps péchèrent.

Excité, excédé, j'y allai :
les veilleurs m'attendaient au palais
et un chien auprès d'elle s'étalait.

Tu apprendras la sagesse par le cœur.

Je chantais pour avoir la Liqueur ;
Gunnlöð eut en échange sa rancœur.

De leur ruche je piochai les rochers.
Garde cette cruche pour de moi t'approcher,
l'offrande de l'amoureuse décrochée.

Les géants de mon sort s'enquérirent.
« Tu violas la confiance qu'ils t'offrirent ! »

Que d'Odin ces mots puissent te nourrir :

Loddfafnir, mémorise mes conseils !
Dors la nuit ; méfie-toi des sorcières :
elles te privent de joie et de jugement ;
pour une dame ne passe pas la lisière ;
du minuit n'attends pas du soleil ;
mange, puis marche, excellant constamment ;
les fausses langues peuvent tuer comme le lierre ;
l'herbe reprend les sentiers rapidement ;
par les runes on ravive et réveille.

Loddfafnir, mémorise mes conseils !
Sois toujours fidèle à tes amis :
avec toi ils supportent l'existence ;
on gaspille sa bonté sur l'ennemi ;
des confiances à celer toujours veille ;
ta vertu n'assure pas ta défense ;
ton savoir n'est pas infini ;
exécute habilement ta vengeance ;
que le mal ne jamais t'émerveille.

Loddfafnir, mémorise mes conseils !
Laisse les cieux : baisse tes yeux en bataille ;
par le vœu et le verbe vainc la louve ;
porte une cotte : fortes mais souples sont les mailles ;
mate tes mots et l'élan qui s'éveille.
La porte s'ouvre : qu'est-ce qu'il offre ? qu'est-ce qu'il couve ?
Du vieux fût, achevé le vin jaille ;
l'apparence convaincante ne rien prouve ;
pour ton sort la magie fait merveille !

Neuf nuits je pendais
à moi-même me sacrifiant
dans le vent violent

A jeun et assoiffé
j'appris les symboles hurlant
et par terre tombai

J'eus de mon aïeul
neuf charmes et de l'hydromel
je bus d'Óðrerir.

Je fus éveillé :
mes mots cherchant mes mots,
mes actes cherchant mes actes.

Sans chercher, comprends
les grandes runes nues et sévères
gravées par l'esprit

Sais-tu comment les
braver,
graver,
enduire,
traduire,
quêter,
fêter
et jeter ?

Mal te rendent
vainement grandes
les offrandes.

La vie mord, la mort vit, je m'y plie.
Si je souffre mon souffle m'assouplit.
L'envie est l'entrave : sans soi/soie, nul pli.

Ne mordent plus leurs épées émoussées.
Je peux tout sauf la mort repousser.
L'injustice multiplie mes poussées.

Par mes mots je détourne l'incendie
et remets dans sa gaine l'arme brandie.
Je calme l'eau quand la vague s'agrandit.

J'exorcise les terreurs schizophrènes
et défends les amis que j'entraîne.
Le pendu a l'âme lourde : je la draine.

Mon baptème des jeunes gens les préserve.
L'invisible, je le vois, nous observe.
Par un charme, dit à l'aube, sois en verve.

Je séduis la jeune femme qui m'enflamme :
pour l'écran entre nous j'ai une lame.
Le dernier, seul Odin le déclame.

Ici trouvent leur fin
les dits d'Odin,
récités ces lais
dans son palais,
pour les êtres humains
source de grand gain,
pour les êtres méchants
source de néant.
Béni soit le poète,
leur interprète ;
bénis l'auditeur
et le lecteur.
Celui est hors pair
qui suit ces vers.

Far I traveld
stars unraveld
or on spit slipt
and on shit tript
I heartslashd cryd
& cartcrashd dyd
Grieve we and go
Leaves we and sno

Vafþrúðnismál

Odin dit : « Frigg, conseille-moi.
Je désire voir Vafþrúðnir
et de sa source boire les lois
-tout secret qu'il a à dire-
du soi et de l'univers. »

« Reste ici, en sûreté, Sire,
car tu trouveras le tonnerre
du plus puissant des géants.
Jamais plein, toujours tu erres ! »

« Je brave tout danger béant.
Dans mes prises je le maîtrise
et creuse ainsi le néant. »

« Glisse vers ton but telle une brise
et reviens plus vertueux.
Ton intuition t'avise. »

Odin partit, courageux,
et, arrivé au palais,
franchit le seuil monstrueux.

« Salut ! Je subis l'attrait
de l'ampleur de ton esprit. »

« Qui veut déranger ma paix ?
Tu paieras avec ta vie
sauf si ma sagesse est moindre. »

« Gagnráður est celui
qui sort du bois sans te craindre,
espérant ton bon accueil.
Est-ce qu'il aurait à se plaindre ? »

« Je ne vois ni un seul oeil.
Sors de l'ombre et assieds-toi.
La sagesse est un recueil
qu'on écrit lentement en soi :
qui de nous est meilleur poète ? »

« Un pauvre venu voir un roi
garde, si sage, la langue muette.
Devant l'étranger hostile
je l'écoute et je le guette. »

« Ma première question
missile :
quel cheval tire le soleil,
entre les nuits notre asile ? »

« Skinfaxi est cette merveille,
cheval à crinière brillante,
char du feu qui nous réveille. »

« Lequel, sur sa céleste sente,
tire la nuit et son repos,
en robe sobre et élégante ? »

« Hrímfaxi hisse son drapeau,
sa crinière givrée stellaire.
La rosée est son dépôt. »

« Quelle rivière divise la terre
entre l'Ás et le colosse ?
Comment s'appelle cette frontière ? »

« C'est l'ífing qui creuse cette fosse,
traversée par guerriers,
et aucune glace elle n'endosse. »

« Connais-tu le nom du pré
que l'Apocalypse teindra ? »

« Tout mourra, bas et sacré.
L'ultime bataille de déclenchera
sur le vaste Vígriður.
Sans limite elle s'étendra. »

« Bien que mes questions soient dures,
ta vision, mon hôte, est nette.
Qui a l'esprit le plus mur ?
Maintenant parions nos têtes:
Ne vivra que le plus sage. »

« Je te renvoie la navette;
évite, si tu peux, le gage.
D'où viennent la coupole astrale,
les monts, les plaines et les plages ? »

« Du meurtre immémorial
d'Ymir, le géant de glace.
Le sol fécond de chaque val
n'est rien que sa chair vivace.
Son squelette fit les arêtes.
Dans son crâne se trouvent les places
des étoiles et des planètes.
Son sang, sa sueur : la mer. »

« D'où viennent ces sphères qui nous jettent
ce feu liquide qui éclaire ? »

« Du soleil et de la lune
Mundilfari fut le père. »

« Qui fit la nuit et sa brune ?
Et qui le jour édifiant,
le révélateur des runes ? »

« Le jour, ennemi du méfiant,
de Dellingur est le fils.
La nuit, amie du confiant,
qui en blanc et en noir tisse,
doit à Nörvi sa naissance. »

« D'où émanent l'été propice
et l'hiver avec ses lances ? »

« Vindsvalur, la bise tranchante,
fit l'hiver par sa semence,
et la chaleur bienveillante,
Svásuður, donna l'été. »

« Entre la tribu géante
et d'Odin l'hostile lignée
laquelle prit d'abord racine ? »

« Aurgelmir fut généré,
la graine de notre glycine,
avant que ces mondes, leurs pics
et leurs fonds ne se dessinent. »

« Grandit ce germe archaïque :
Þrúðgelmir, puis Bergelmir,
furent ses premières feuilles antiques. »

« De quelle source est-ce qu'ils jaillirent ? »

« Aux enfers des gouttes létales
des Elivogar durcirent.
Cette masse devint colossale
comme une pousse se change en arbre :
naquit le père ancestral.
Demeure ce mal dans nos fibres. »

« Aurgelmir n'eut pas de femme.
Comment accrut-il son nombre ? »

« Tissant sans la trame d'une dame,
ses paumes donnèrent deux enfants,
et, seuls, ses pieds monogames
créèrent un fruit étonnant,
un fils qui portait six têtes. »

« Géant, ta mémoire sondant,
où est-ce que ta vue s'arrête ? »

« La naissance de Bergelmir,
lorsque je poursuis cette quête,
est mon plus ancien souvenir,
quand on le mit dans son lit. »

« D'où proviennent le doux zéphyr
et l'ouragan qui tout plie
et la brise qui frise les vagues,
l'invisible qui remplit ? »

« Au bout du ciel, loin des bagues
par nos vues bornées forgées,
aux griffes aigues telles des dagues,
HrÆsvelgur, d'hommes morts gorgé,
renvoie en battant ses ailes
leurs âmes, ses boyaux
purgés. »

« Seigneur de centaines d'autels,
Ás de la fertilité,
d'où vint Njörður : révèle ! »

« Sa terre mère ayant quitté,
l'enfant de Vanaheimur
fut à Miðgarð abrité,
ôtage, pour qu'une paix perdure.
La Fin verra son retour. »

« Où est-ce que des guerriers mûrs
se livrent bataille chaque jour
mais ramassent ensuite leurs morts,
telles les cendres dans un four,
s'excusant le soir leurs torts ? »

« Ces hommes que la Mort remord
s'assaillent sur les champs d'Odin
et meurent mais revivent leurs corps.
La Peur subit leur dédain.
Ils sont des Dieux les alliés. »

« Le planteur dans son jardin,
son domaine, son atelier,
connaît moins les plantes qui y poussent
que toi des neuf mondes liés. »

« Du frêne chacune des neuf pousses
je parcourus en grimpant. »

« Quand la Vie et ses secousses
meurent aux griffes du froid campant
disparaîtront-ils les hommes ? »

« Durant l'hiver décapant
survivront, cachés, deux pommes,
homme et femme, dans la forêt.
La Terre faisant un long somme,
le nectar que l'aube extrait
auront-ils pour seul repas.
Leurs fils foisonneront après. »

« Le soleil ne brillera pas. »

« Le loup l'arrachera du ciel
mais sa fille suivra ses pas. »

« Qui sont celles qui glissent sans ailes,
ces sages déesses, sur les
eaux ? »

« Le destin leur est fidèle.
Elles sélectionnent les fuseaux,
les tisserandes de nos avenirs. »

« Mais les flammes sont des ciseaux.
Et quelles mains vont réunir
les biens des Dieux à leur mort ? »

« Quand les braises cessent, froides, de luire,
deux reconstruiront leur fort :
Víðarr et Váli ensemble.
Quand le champ de bataille dort,
la masse sous laquelle tout
tremble
sera à Rage et à Force. »

« Du Dieu que la fureur comble
comment finira la course ? »

« Féroce Fenrir le mangera,
l'unissant avec la source.
Víðarr vaincant le vengera,
tranchant ses mortelles mâchoires. »

« Quel or est-ce qu'Odin plongera
dans la cérébrale armoire
-avant qu'il ne se tapisse
dans le vide vivant et noir
qui intimement tapisse
la matière et la lumière-
en chuchotant, de son fils ? »

« La réponse que tu requiers
en toi, Odin, secret, siège.
Comme tu sapas, pierre par pierre,
la forteresse que tu assièges,
je mourrai, ô Mage des sages,
Prince de dépisteurs de pièges. »